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Un regard prémonitoire sur la crise centrafricaine

Pr. Richard Filakota, d’origine centrafricaine, actuellement recteur de l’Université Catholique d’Afrique Centrale (UCAC)au Cameroun, a publié un livre sur "le renouveau de l’Islam en Afrique noire. L’exemple de la Centrafrique". Un regard prémonitoire sur la crise actuelle.

Un ouvrage sur le renouveau islamique en République Centrafricaine"

Sociologue des religions, Richard Filakota, d’origine centrafricaine, a publié en 2009 un ouvrage sur "le renouveau de l’Islam en république centrafricaine". Au moment où des populations parlant la même langue, ayant vécu longtemps ensemble, se déchirent sous le prétexte de la religion, son livre est comme un regard autant prémonitoire que prospectif sur la Centrafrique.

L’Islam face à un Etat absent

Pendant longtemps, l’Etat post-colonial essayait d’assurer le nécessaire à tout le monde. Mais nos Etats se sont déstructurés, d’une part, en raison de l’environnement socio-économique international, d’autre part, à cause de la mal gouvernance, pour ne pas dire la non-gouvernance. Face à cette crise, deux thérapies ont été proposées. La première, très dure, est celle des institutions internationales traditionnelles, comme le FMI. La deuxième, plus douce et plus homéopathique, est celle des ONG. Mais les deux thérapies se sont révélées inefficaces. L’Afrique reste toujours sous perfusion !

Alors, face à la faillite de l’Etat, c’est la société civile qui prend le relai sous diverses formes. Le religieux, longtemps marginalisé, va y occuper une place de choix : « là où le politique disparaît, c’est le religieux qui surgit » (Filakota, 2009 : 43). Dans la foulée, pour parer à la débâcle des institutions, particulièrement dans les villes, surgit une nouvelle génération de musulmans.
Défiant l’Islam des anciens, celui des confréries, cette nouvelle génération décide d’investir l’espace public. Elle entend sortir de l’ombre et assurer une visibilité réelle. Elle veut rayonner autant sur le plan national qu’international. Des organisations de jeunes, de femmes et de cadres voient le jour. Décomplexées, elles sont pleines d’ambition (Filakota, 2009 : 184).

L’Islam et l’avenir politique de la Centrafrique

Pour des raisons financières, cette nouvelle génération de musulmans est au cœur d’enjeux politiques et stratégiques. En effet, longtemps apolitique en Centrafrique, cet Islam nouveau tend à se politiser. D’où l’intervention de l’Etat pour que les diverses tendances se regroupent en une organisation unique, la Communauté Islamique de Centrafrique (CICA). Ce qui permet, pensait-on, d’éviter les débordements, les luttes d’influence et surtout de prévenir les velléités intégristes. Ce qui les mettrait également à l’abri de la lutte hégémonique que se livraient alors la Lybie et l’Arabie saoudite.

Mais, se demandait alors l’auteur, ce mouvement sera-t-il assez fort pour éviter les débordements, pour échapper aux tendances hégémoniques et aux dérives intégristes ? L’actualité montre, malheureusement, que les craintes de l’auteur étaient bien justifiées.
Néanmoins, le livre se termine par une note d’espérance qui reste plus que jamais actuelle, malgré et en raison de la crise que traverse le pays. Il convient d’encourager ce processus de réinvention religieuse entamé par les musulmans de Centrafrique, malheureusement déstabilisé par l’intrusion étrangère (Filakota, 2009, 186).

Alors, une collaboration fructueuse des chrétiens avec cet Islam nouveau, sur le terrain socio-économique et politique africain ne pourrait-elle pas être bénéfique aussi aux chrétiens, aux musulmans et qu’à l’ensemble de la Centrafrique ?

Référence : Filakota, Le renouveau islamique en Afrique noire. L’exemple de la Centrafrique, Paris, L’Harmattan, 2009

Paulin Poucouta,

Institut Catholique de Yaoundé

CEAF&RI