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Le placenta- terre : figure écologique pour notre temps (Le sens de la terre...6° partie)

Nous vivons dans un contexte où les puissances de mort se déchaînent et ont un effet, particulièrement délétère sur la terre-mère. Les conflits guerriers sont liés, la plupart du temps, à la suite, soit de violations de frontières territoriales soit de migrations forcées de réfugiés, soit pour des problèmes écologiques dont les causes résident dans la violation de l’espace vital.

Le sein maternel : premier lieu communautaire

Le sein maternel est le premier lieu communautaire où un être humain cohabite avec un autre être humain en parfaite interdépendance, altérité, et union, alors, un corps comme celui de la femme, pourrait nous servir de métaphore pour penser comme une terre-mère.

Le premier environnement de l’être humain est le placenta. C’est le grenier du bébé. Il assure tous les échanges entre ce dernier et sa mère. C’est une véritable plate-forme vitale. Il est étroitement attaché à la symbolique de la vie, de la croissance, de la fructification. Les mythes fondateurs, évoquent parfois la terre comme une femme, comme une mère, comme un ventre. Il se fait porteur de vie lorsqu’il est habité.

Accueillir la terre comme lieu d’habitation, de croissance, de naissance et de transformation, tel est son sens. Elle nous est donnée pour y vivre en harmonie avec notre milieu. C’est un lieu de rencontre, de convergence ou de divergence de races et de cultures. C’est un lieu de communication de la vie, de dialogue et d’échanges. C’est un lieu où l’être humain doit jouir de tous les droits que sa dignité mérite. Traiter la terre comme si elle était une société en liquidation a quelque chose de fondamentalement mauvais. Comme la mère est sacrée, ainsi devrait-il en être de la terre-mère. Des rapports avec elle, basée exclusivement sur son utilisation en vue de la croissance économique ne peuvent que mener à sa dégradation, en même temps qu’à la dépréciation de la vie humaine. -----

Le sein maternel : figure de la terre

Cette figure écologique de la terre-mère comme accueil signifie :
 une plus grande conscience de nos liens avec notre écosystème comme lieu et source de fécondité, d’unité et de cohésion ;
 une société où la paix ne règne pas seulement entre les hommes mais entre toutes les formes de vies.
Cette figure écologique de la terre-mère comme accueil doit nous permettre de :
 retrouver cet équilibre qui fait à la fois la force, la pureté et la simplicité de notre culture africaine
 lutter contre toute espèce d’hégémonie, de domination, de pouvoir, d’intoxication (physique et morale) ;
 réapprendre à vivre libres !
 ouvrir enfin la voie à une attitude de respect envers la nature et surtout d’harmonie avec celle-ci, afin que la paix et le bonheur puissent régner.

Le ventre - sein maternel - comme première habitation humaine, possède un langage pour déchiffrer les modalités d’une façon de vivre sur notre terre. Ce sein est image de la communauté la plus absolue, dans une parfaite altérité et dans une parfaite interdépendance. Chacun des deux êtres coexiste dans un même espace de la façon la plus absolue et la plus totale : liés par le même sang, le même oxygène, la même eau, ils demeurent ainsi jusqu’au moment où le plus grand, le contenant, laissera sortir le petit, le contenu. Le corps de la femme n’est-il pas justement celui qui prodigue de façon privilégiée tous ces soins essentiels qui protègent la vie ? Elle-même n’est-elle pas toit, abri, protectrice, aliment ? Pour toutes ces raisons, son corps contient un langage-message pour la société : d’ordre nouveau, de création de vie nouvelle.

Dans une perspective écologique, ce « laisser sortir », ce « mettre au monde », cette naissance représente l’acte de libération, l’acte de donner la vie. C’est une parabole parfaite de l’interrelation humanité/terre. La femme est cet être capable d’alimenter la vie par une relation corporelle externe. La présence humaine a eu une telle influence sur la plupart des écosystèmes que la perpétuation de la vie humaine impose, en réalité, une humanisation de la terre. Reconnaissons-le, le rapport de l’homme avec le monde dépend de la relation qu’il a avec lui-même. -----

Partage et solidarité

J’insiste sur cette dimension de partage et de solidarité. En effet, la dégradation de l’environnement est responsable de la paupérisation d’un nombre croissant de personnes. Et la pauvreté elle-même est devenue un facteur de dégradation écologique, puisque des gens désespérés consomment les ressources fondamentales dont ils dépendent. Les leaders d’Afrique s’aperçoivent aujourd’hui qu’ils n’ont pas à choisir entre soulager la pauvreté et inverser le déclin écologique, mais que les deux objectifs sont indissolublement liés.

Les Africains comprennent ce qu’est la dégradation du globe dans ses formes les plus crues. Pour eux, la destruction progressive des écosystèmes est synonyme de rallongement des journées de travail, de disparition de leurs moyens de subsistance et de détérioration de leur santé : cela incite à l’action. Mais, pour que les tentatives de réformes écologiques puissent aboutir, il est nécessaire d’aborder les questions de la participation politique, de la liberté, de l’information, de la distribution des terres, des droits de l’homme et de la participation des femmes aux processus de décision.

Tant que le milieu écologique était plus fort que l’humanité, il était possible à cette dernière de se développer sans contrainte. Maintenant que ce milieu se révèle fragile et que la ruse humaine peut déjouer les freins et correctifs naturels du milieu, nous voilà devenus responsables du monde, responsables de nous-mêmes et de notre propre force. Il semble facile de dominer le monde. Il est plus difficile de rester au contrôle de notre propre pouvoir et de ne pas céder à la démesure.

Beatrice Faye cic

Mise ne forme CEAF&RI