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L’Afrique et l’héritage d’Alioune Diop. Le dialogue des religions et les défis du temps présent

En 2010, CEAF&RI s’était fait l’écho de la célébration au Sénégal du centenaire de la naissance d’Alioune Diop. Nous avions profité de l’occasion pour présenter ce grand Africain, de taille, mais surtout de cœur, d’intelligence et de perspicacité. Cette année, à Dakar, Alioune Diop a rassemblé autour de sa mémoire une centaine de personnalités du monde ; politique, universitaire, scientifique, et associatif, religieux, aussi bien chrétiens que musulmans.

L’Afrique et l’héritage d’Alioune Diop. Colloque à Dakar

« Les morts ne sont pas morts », dit si bien Birago Diop. Cela est vrai pour toutes les personnes. Mais ce l’est encore plus pour les grands hommes et les grandes femmes, pour tous ceux et toutes celles qui ont laissé des traces indélébiles. C’est le cas d’Alioune Diop dont la mémoire vient d’être célébrée à Dakar au Sénégal.

« Les morts ne sont pas morts »

Ce colloque international avait pour thème : « 50 ans après Vatican II, l’Afrique et l’héritage d’Alioune Diop : le dialogue des religions et les défis du temps présent ».
Comme on le voit, le prétexte de ces retrouvailles, c’était le jubilé d’or de la clôture du Concile Œcuménique Vatican II. En effet, convoqué à Rome par le pape Jean XXIII le concile avait ouvert ses travaux en 1962 et les a clôturés en 1965. Visionnaire, Alioune Diop avait senti que le concile était un tournant important de l’histoire. Aussi va-t-il s’y investir avec sa maison d’édition Présence Africaine et la Société africaine de culture (SAC), aujourd’hui, Communauté africaine de culture (CAC).
Le colloque de Dakar ne concernait pas que les chrétiens, mais tous ceux qui sont engagés au service du continent, quelle que soit leur appartenance religieuse et philosophique. Tous peuvent trouver dans Vatican II que dans l’héritage d’Alioune Diop des ressources pour répondre aux défis d’aujourd’hui, particulièrement ceux du dialogue religieux, de la crise des valeurs, des dangers multiformes qui menacent la paix.

Certes, Alioune Diop avait créé Présence africaine et la SAC hors d’Afrique. Cette initiative d’intellectuels africains, à la veille des indépendances, peut se renouveler, aujourd’hui, à partir de l’Afrique, par des élites africaines, quelle que soit leur appartenance, selon le rêve d’Alioune Diop :
« Nous sommes des hommes de culture, donc de réflexion et de création. Nous sommes par vocation bâtisseurs de beauté et messagers de justice et de fraternité. Nous tissons et meublons l’univers de ces formes magiques qui sont fondement et armature de la nouvelle société. La violence et le chaos sont exclus de nos perspectives. Nous sommes hommes de dialogue qui mobilise et engage le meilleur de l’homme à la rencontre de l’homme. Nous voulons bâtir la solidarité des peuples noirs. Pour restaurer l’égale dignité des races, assurer la sécurité des peuples et des cultures, et pour définir une nouvelle justice comme fondement authentique de la fraternité humaine ». (Alioune Diop, Discours d’ouverture du IIe Congrès des écrivains et artistes noirs, Rome, 24 février 1959).

Ouverture à l’universel

Le Concile Vatican II avait été convoqué par le pape Jean XXIII qu’Alioune Diop avait connu à Paris lorsqu’il y était nonce. On raconte que lorsque l’on demandait au pape pourquoi un concile, il répondait en ouvrant les fenêtres de sa chambre et en disant : pour laisser entrer de l’air frais dans l’Église, en se mettant à l’écoute du monde. En ce sens, le Concile Vatican II était œcuménique, c’est-à-dire ouvert aux autres Églises chrétiennes, mais également à l’ensemble des croyants et au monde.

C’est ce qu’Alioune Diop avait compris. En 1962, il participe à l’ouverture de ce grand événement. Il demande à des prêtres et laïcs compétents des réflexions et études pour les évêques africains qui devaient participer au Concile (« Lettre aux catholiques africains. Laïcs et Prêtres », Présence Africaine, 1962, 4, XLIV, p. 245-260). Il récoltera treize contributions qui seront publiées et distribuées aux évêques du continent sous le titre : Personnalité africaine et catholicisme (Société Africaine de Culture, Personnalité africaine et catholicisme, Paris, Présence Africaine, 1963). Le groupe catholique de la Société Africaine de Culture va assiéger Rome pendant toute la durée du Concile. Un bulletin, L’Afrique au concile, permettra de diffuser régulièrement ses recommandations et propositions aux Pères du Concile.
Ainsi, avec sa discrétion et son efficacité habituelles, Alioune va influer sur les Pères conciliaires africains.

Comme le note si bien P. Verdin, « Incontestablement, les évêques africains trouvèrent dans la SAC un soutien opiniâtre, une caisse de résonnance pour leurs souhaits et une aide pour la formulation théologique d’un christianisme africain  » (P. Verdin, Alioune Diop, le Socrate noir, Paris, Lethielleux. 2011, p. 223).

Mais pour Alioune Diop, le Concile était un événement qui allait bouleverser la vie de l’Église catholique en Afrique, mais également celle de tous les fils de ce continent, quelle que soit leur appartenance philosophique ou religieuse. C’est un événement dont les enjeux dépassent les catholiques. Il concerne l’ensemble du monde et du continent. C’est pourquoi, il sollicite également la contribution des Africains non-catholiques :

« Ce nouvel effort catholique romain d’ouverture à l’universel, et de promotion de la personne humaine, au-delà de l’héritage gréco-romain, nous concerne tous en tant qu’hommes de culture africaine. (…) L’ouverture à la personnalité africaine qui inspirera selon toute vraisemblance l’esprit du Concile implique la prise en considération des diverses familles de pensées et des communautés religieuses non catholiques en Afrique. Dans le dialogue œcuménique avec le continent noir, il s’agira donc de comprendre aussi le monde africain, protestant, musulman ou de religion traditionnelle » (Lettre aux africains non-catholiques », Présence Africaine, 1962, 4, XLIV, p. 245-260).

Paulin Poucouta

Colloque sur Alioune Diop : Dakar du 26 au 29 janvier 2016.

A suivre