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Message de l’aumônerie congolaise de Rome 25 ans, au pape François pour la paix en RD Congo, contre la guerre et l’insécurité : un génocide méconnu. Pr. Rita Mboshu Kongo

Le 1er décembre 2019, la communauté congolaise de Rome célébrait le 25ème anniversaire de l’aumônerie ainsi que le 25ème anniversaire de la béatification d’Isidore Bakanja, catéchiste et martyr, et le souvenir du martyr de la Bienheureuse Anuarite. Une célébration en rite zaïrois ou rite congolais, présidée par le Pape François. Ce fut l’occasion pour la communauté de le remercier pour cette célébration et de lui demander à poursuivre son engagement pour la paix, contre la guerre et l’insécurité en RD Congo ; un génocide méconnu, dans un silence total de la communauté internationale. La paix, rien que la paix, sans délai et inconditionnelle pour le peuple de la RD Congo...

La communauté congolaise de Rome 25 ans : un double anniversaire

Très Saint Père, au nom de toute la communauté congolaise, nous vous exprimons toute notre joie. En effet, nous constatons aujourd’hui que nos rêves et nos désirs sont devenus réalité. Nous vous en sommes infiniment reconnaissants.
Ce 1er décembre 2019, nous célébrons le 25ème anniversaire de notre aumônerie ainsi que le 25ème anniversaire de la béatification d’Isidore Bakanja, catéchiste et martyr. En ce jour nous nous souvenons également du martyre de la Bienheureuse Anuarite. À notre demande d’être avec nous, vous avez rapidement répondu : « Oui, je serai avec vous et prierai pour vous, mais pas une longue messe de quatre heures comme vous le faites. »

Célébration en rite zaïrois

Très Saint Père, en célébrant la sainte messe d’aujourd’hui, selon le rite du « missel romain pour les diocèses du Zaïre », Vous avez fait preuve d’une attention paternelle et d’une grande ouverture aux Églises qui se trouvent dans les périphéries, fondement du principe de la synodalité. Par cette célébration, toute l’Afrique et, en particulier, la République Démocratique du Congo, se sent particulièrement honorée.
Votre constante préoccupation pour les marginalisés, les réfugiés, les migrants, les femmes, les jeunes, les familles et tous les pauvres ne peut passer inaperçue. Cela vous a poussé durant votre pontificat à convoquer plusieurs synodes sur les questions de la famille, de la jeunesse et de la création…

Deux rêves...

Saint Père François, comme à un père de famille, nous vous demandons de ne pas vous lasser de nous, car nous sommes vos enfants.
- Aujourd’hui, notre premier rêve est de voir les deux bienheureux Anuarite et Bakanja, tous deux martyrs, pour leur foi et la fidélité à leurs engagements, insérés dans le canon des martyrs catholiques et proposés comme modèles à l’Église universelle.

- Notre deuxième rêve est de vous voir aller, bientôt, en République Démocratique du Congo. Notre pays, comme vous l’avez si bien dit, est le deuxième poumon de l’humanité après l’Amazonie (Laudato Si,38).

Le Congo souffre d’un cancer de la guerre et de l’insécurité

Saint-Père, la République Démocratique du Congo ne peut pas manquer le rendez-vous de donner et de recevoir, afin de jouer le rôle qui est le sien aussi bien sur le continent que dans le monde. Malheureusement, le Congo souffre d’un cancer, du cancer de la guerre et de l’insécurité. Et les principales victimes sont les pauvres et les innocents, les femmes et les enfants.

Nous dénonçons fermement un génocide méconnu, plus de 20 ans...

Au Congo, en particulier à Beni, il ne se passe pas un seul jour sans qu’un innocent ne soit tué ou massacré. En moins de 20 ans, nous avons enregistré un record de violence jamais atteint dans l’histoire de l’humanité. En effet, environ plus de 6 millions de Congolais ont été tués. Mais personne n’en parle ! C’est un génocide méconnu que nous dénonçons fermement : il se déroule dans un silence total au niveau mondial. Ce n’est pas juste, c’est offensant pour nous. C’est absurde pour n’importe quel ami de la vie et de la paix.
Pape François, compte tenu de l’efficacité de votre parole, outre la prière pour notre pays, nous nous permettons de vous demander de défier toutes ces grandes nations, dont les dirigeants sont sans cœur. Pour des intérêts économiques et politiques égoïstes, ils continuent de faire du Congo une jungle, où chacun peut entrer et se servir, comme s’ils en sont les maîtres.

Nous voulons la paix, inconditionnelle

Saint Père, nous voulons la paix, rien que la paix, la paix sans délai, la paix inconditionnelle pour notre pays. En effet, les Congolais ne connaissent ni les causes ni les motivations de ces violences qui les frappent. Ils ne connaissent pas les pays contre lesquels ils se battent. Aujourd’hui, certains d’entre nous, ici dans la Basilique, ne savent ni où sont leurs proches ni s’ils sont encore en vie.

Nos remerciements

Avec la plus vive gratitude, nous exprimons nos sincères remerciements à tous les collaborateurs du Vicaire de Rome, aux Préfets des différents Dicastères, ici représentés, ainsi qu’aux Évêques. Nous n’oublions pas le service pour les célébrations liturgiques papales et celui de la Sécurité.
Encore un grand merci à la « Conférence Épiscopale Nationale du Congo » (CENCO) représentée par son secrétaire général, monsieur l’abbé Donatien N’shole. Enfin, nous remercions tous les frères et sœurs ici présents, les prêtres, les différentes délégations et tous les amis du Congo.
Saint-Père, nous vous assurons de notre prière humble et constante. Nous invoquons la protection de la Sainte Vierge Marie sur votre Magistère et nous vous assurons de notre attachement filial.

Rome, le 1er décembre 2019 (texte traduit de l’italien)
Sœur Rita Mboshu Kongo

Mise en Forme : éditrice CEAFRI (10/12/2019)

Brève présentation de l’auteure

Soeur Rita Mboshu Kongo est originaire de la République Démocratique du Congo.
Religieuse de la Congrégation de Fille de la Très Sainte Maria Corrédemptrice ;
Docteur en Théologie Spirituelle à la Faculté Pontificale de ThéologieTeresianum (Rome) avec Summa cum Laude.
Elle est Professeure de spiritualité et formation à la Vie Consacrée à L’Université Pontificale Urbaniana et Rédactrice de L’Osservatore Romano du mensuel « Femme-Eglise-Monde » 2013 au 2019.