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Qu’est-ce qu’est la renaissance africaine ?

La renaissance africaine n’est pas seulement une vision du monde, elle est une manière d’être et d’avoir, une manière de construire l’Afrique

Qu’est-ce que la Renaissance africaine ?

Ce terme a été employé de façon explicite pour la première fois en 1948, par le professeur Cheikh Anta Diop dans l’article : « Quand parlera-t-on de Renaissance africaine ? » (publié dans le recueil « Alerte sous les Tropiques »).

Cheikh Anta Diop entend par là plusieurs choses :

- la conscience historique africaine, fortifiée par la connaissance approfondie et autonome de tout le passé culturel africain ;

- le dialogue fructueux des Africains avec leurs propres héritages culturels, danses, musiques, littératures orales et écrites, valeurs esthétiques, valeurs sociales ; langues africaines ;

- la nouvelle créativité des Africains dans le monde d’aujourd’hui où il s’agit non seulement de "recevoir" mais aussi de "donner", de "participer", de "construire", d’"agir".

La renaissance africaine n’est pas seulement une vision du monde, elle est une manière d’être et d’avoir, une manière d’exister, une manière de vivre, de construire l’Afrique.
C’est ainsi que le professeur Molefi Kete Asante, qui est un de ceux qui ont conceptualisé en théorie et ce que doit être en pratique la Renaissance africaine, pense que « L’Afrique n’a pas pour vocation de devenir l’Europe. L’Afrique doit redevenir l’Afrique. »

La Renaissance africaine est la renaissance d’une Afrique qui doit dépendre d’elle-même, qui a vocation d’être elle-même et non asiatique, non américaine, non occidentalisée.

L’Afrique de la Renaissance africaine doit être fière d’elle-même, se penser elle-même, elle doit être construite en se nourrissant de la pensée et des œuvres de ses grands esprits. Dans ce sens, l’Afrique ne manque pas de modèles…
Pour renaitre, l’Afrique doit s’appuyer sur son patrimoine culturel.

La Renaissance africaine, c’est être et avoir

La renaissance africaine est un changement de paradigme, qui fait passer l’Afrique de la mort à la vie, du lieu du désespoir à celui de toutes les espérances.
La renaissance africaine est la reconstitution de l’Être africain. Nous devons commencer par Être, exister, être conscients que nous existons, et plus clairement, que nous existons en tant que nous, comme Dieu lui-même a voulu que nous soyons. Nous ne devons plus être d’autres êtres que nous-mêmes.
Entretenir notre être et notre avoir, notre culture et notre civilisation, en bref, notre patrimoine naturel, culturel, économique, spirituel, en jouir pour prouver qu’elles sont à nous, c’est la tâche que nous devons accomplir, chacun de nous selon ses capacités.-----

La renaissance africaine : une utopie ?

Dans une conférence intitulée La fin de l’africanisme qu’avait prononcée le professeur Théophile Obenga à Paris, en 2002, il avait évoqué le rôle primordial de la confiance en soi des Grecs, des Romains, et donc de l’Occident en eux-mêmes, qui est la condition première de leur persévérance, de leur esprit inventif et innovateur, de leur capacité à maintenir le cap malgré tous les obstacles.
La Renaissance africaine est une ère de retour de la confiance en nous-mêmes. Dans le discours d’orientation des travaux de la conférence sur la Renaissance africaine qu’il a prononcé à Johannesburg en 1998, le président sud-africain Thabo Mbeki avait affirmé avec force que la mission de « La Renaissance africaine est de faire du XXIe siècle le siècle de l’Afrique ». La confiance est la foi que la Renaissance africaine n’est pas une utopie mais bien une occasion de transformer l’humanité africaine, d’amener chacun de nous en ce qui le concerne à participer activement à la mise en œuvre des projets communs et partagés.

Nous devons donc travailler à vitaliser la culture africaine dans tous les domaines. C’est le sens de notre exposé : maîtriser l’oralité et l’audiovisuel. Nous devons recueillir, thématiser, archiver et transmettre aux générations à venir.

Nous sommes des maillons d’une chaîne

Et pour cela, je pense qu’il y a un secret très simple : nous devons prendre conscience que nous sommes des maillons, les maillons d’une chaine entre nos ancêtres et nos descendants, nous sommes appelés à devenir des ancêtres, et je crois que notre mission sur cette terre est de la quitter avec l’objectif que nos enfants ne nous ferons pas le reproche de ce que nous n’avons pas fait pour eux, nos ancêtres ont été maltraités avec quatre siècles de traite puis la colonisation, nous sommes les générations qui pouvons et devons nous servir de notre histoire, nous la réapproprier pour nous reconstruire et donner les moyens d’un avenir meilleur à nos enfants. Et je suis convaincue que nous les femmes, nous les mamans, sommes les plus à même de mener à bien cette mission.

Extrait de la communication de Evelyne Brener, De l’oralité à l’audiovisuel pour la Renaissance Africaine et du rôle de la femme pour cet objectif. 3e Congrès international de la Femme Noire – Kinshasa, 1er décembre 2009.

Evelyne Brener est documentariste, secrétaire exécutive de l’association NzoMaKongo à Paris

Mise en forme : éditrice CEAF&RI.