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Le sens de la terre dans la culture africaine : « Penser comme une terre-mère (1° partie).

A la crise écologique actuelle, l’Afrique peut apporter sa contribution en renouant le rapport de l’homme à la terre-mère, à la terre ancestrale. Une réflexion qui nous invite à changer nos points de repères et à renverser les paradigmes sur notre usage de la terre.

« Penser comme une terre »

Le programme s’annonce délicat. Quoi qu’il en soit, je voudrais nous inviter à changer nos points de repères traditionnels et nos lieux écologiques, renverser les paradigmes qui nous dominent face à l’usage que nous faisons de la terre. Pour cause, la course engagée pour accéder aux ressources énergétiques et aux ressources naturelles amplifie les dommages causés à la terre, à l’air, à l’eau et à l’ensemble de notre milieu naturel.
Nous parlerons de milieu plutôt qu’environnement même si parfois nous employons ce dernier mot. En effet, étymologiquement, le mot environnement désigne ce qui environne, et dans ce contexte, plus précisément ce qui environne l’espèce humaine. Cette vision anthropocentriste est conforme à l’esprit de notre civilisation conquérante dont la seule référence est l’homme et dont toute l’action tend à une maîtrise totale de la terre.

Le bilan planétaire paraît sombre

C’est bien connu : la crise écologique ébranle fortement nos convictions et nos valeurs au point de nous faire douter de nous-mêmes. Ce qui, il y a cinquante ans, paraissait être une victoire prodigieuse de l’humanité sur l’hostilité du monde extérieur s’est subitement transformé en sentiment d’échec, voire d’erreur. Nous voilà menacés par les conséquences de notre progrès, au point que l’avenir lui-même paraît incertain. L’ordre de la nature, a pendant longtemps satisfait l’homme sans que ce dernier le manipule. Aujourd’hui, il doit être re-confirmé par l’homme. Dans un certain sens, il doit vouloir que l’ordre du monde se maintienne (Cf. E. Drewermann, Le progrès meurtrier, Paris, Stock, 1993).
Or, l’homme n’est pas seulement entouré d’un milieu naturel, mais aussi d’un milieu social. Dès lors, n’y aurait-il pas besoin de définir à nouveau notre rapport à la terre, de statuer sur le lieu de l’homme ? Cette définition ne devrait pas simplement être scientifique, biologique ou même écologique. Elle devrait être au moins philosophique, voire religieuse (au sens traditionnel de « relier »). S’il en est ainsi, comment statuer sur le lien qui rattache l’homme à la terre ?

Le lien de l’homme à la terre

C’est à ce niveau que l’Afrique peut apporter sa contribution en renouant le rapport de l’homme à la terre-mère, à la terre ancestrale. Autrement dit, comment peut-elle aider à redéfinir notre rapport au milieu à partir du 1er écosystème qu’est le placenta ? Car, le placenta, joue le rôle d’un bouclier contre les cellules des défenses maternelles qui pourraient attaquer le fœtus. Il fabrique aussi des hormones, indispensable au bon développement de la grossesse. Il remplace surtout certains organes du bébé, déjà en place, mais encore incapables d’assumer pleinement leurs fonctions. C’est le cas des poumons, des intestins et des reins. Le placenta permet donc à l’oxygène d’entrer et au gaz carbonique de sortir. Il absorbe les éléments nutritifs et élimine les toxines pour que le fœtus se développe comme si son système digestif fonctionnait.

Un programme

Dans un premier temps, nous allons faire une halte pour nous rencontrer avec nos racines et voir le sens de la terre en Afrique (1) et dans un second temps, la place que l’homme y occupe (2). Il en résulte de ces deux premiers points, que la signification de la terre dépasse ce qui environne l’espèce humaine. Elle est tout d’abord une richesse et un héritage culturel. Elle englobe la vie des végétaux spontanés ou cultivés et les activités humaines avec tout ce qui les accompagne à savoir les arbres et les végétaux. D’où l’intérêt que nous porterons à ces éléments symboliques (3). Au croisement de l’homme et de la nature, à quelque échelle d’observation et d’action qu’on se situe, la question fondamentale des équilibres entre ressources et besoins se pose toujours. C’est ce que nous enseigne la terre comme lieu d’habitation communautaire en Afrique (4). Le premier environnement de l’être humain est le sein maternel particulièrement le placenta. Le second qui prend le relais chez l’africain est la terre jouant le même rôle que le Placenta. D’où notre proposition de faire de la terre-mère ou terre-placenta une figure écologique pour notre temps (5).

Beatrice Faye cic

Mise en frome CEAF&RI