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Droits et statut de la femme africaine : Paradoxes et contradictions

Pour célébrer la journée intrnationale de la femme, du 8 mars 2010, trois décennies du combat des femmes africaines, CEAF&RI propose de revisiter l’étude pertinente de A. B. Faye sur l’inventaire de Recherches féminine, notamment l’évolution des relations de genre en Afrique et l’accès des femmes aux postes de décision, à l’emploi

Le combat des africaines : une reconnaissance juridique

Il ne suffit pas d’adopter des lois, mais faut-il encore qu’elles soent appliquées. Le combat des femmes africaines se situe surtout dans le domaine juridique, et notamment de l’emploi. En effet, les femmes réalisent qu’elles ont beau avoir des diplômes, elles ne parviennent pas toujours à les mettre en valeur. Par ailleurs, les hommes sont toujours prioritaires sur le marché de l’emploi et majoritaires dans les institutions nationales et internationales. Le chômage et le travail à temps partiel reviennent aux femmes. Il faut signaler aussi, la non reconnaissance des diplômes des femmes migrantes qui se retrouvent dans le secteur des soins et services malgré leur haute qualification.

Genre dans les sciences humaines et sociales

Pourtant, face aux transformations sociales survenues en cette fin de XXème siècle, Marie-Dominique Savané constate que le genre est devenu une des grandes questions qui traversent les sciences humaines et sociales. En effet, que l’on s’intéresse à l’école, à l’emploi, à l’immigration, à la famille, à la santé, à l’histoire, aux retraites ou à tout autre problème social, le genre est un des axes essentiels de la connaissance, un outil indispensable à l’intelligence du monde social.

On ne peut plus aujourd’hui séparer le temps de travail du temps hors travail, la frontière entre la sphère privée et la sphère professionnelle étant devenue poreuse. On ne peut plus également considérer le salaire des femmes comme un simple salaire d’appoint, la notion de chef de famille véhiculant une conception androcentrique du ménage. Le droit de vote et la parité, la croissance spectaculaire de l’activité professionnelle et la percée des scolarités féminines sont de vraies conquêtes ; même si elles demeurent, pour l’heure, inachevées en Afrique.

Le concept "genre" a modifié le paysage social (scientifique, politique, etc.) et enclenché une mutation dans l’organisation de la société. La femme prend de plus en plus sa place dans la conduite de la société. La « variable sexe » n’est donc pas contingente, elle est nécessaire.

Evolution ou stagnation des rapports de genre ?

Au-delà du statut et de la place des femmes dans la société, ces mutations ont sérieusement affecté les relations entre hommes et femmes. Ont-elles, pour autant, véritablement entamé la domination masculine ? Ont-elles réussi à construire les fondations de l’égalité réelle des sexes ? Aucune réponse simple n’est possible. Nous vivons une époque faite de paradoxes et de contradictions qui méritent toute notre attention.

Quelques paradoxes et de contradictions

- Plus de femmes sont instruites, actives, salariées, mais aussi plus de chômeuses, de salariées précaires ou pauvres ;

- les lois sur l’égalité professionnelle se sont multipliées, mais la résorption des disparités de carrières et des écarts de salaires stagne.

- Même perplexité sur la place du « deuxième sexe » en politique :

les femmes ont - tardivement - conquis le droit de vote en Afrique, mais, en dépit des lois sur la parité, bien peu sont élues.

- Que penser de la persistance longtemps ignorée des violences faites aux femmes, des mutilations sexuelles, que dire du harcèlement sexuel et moral ?

- Les formes familiales se sont diversifiées, les relations de couple se sont transformées, mais le monopole féminin sur le travail domestique et la paupérisation demeure stable et imperturbable.

Encore des interrogations

D’où ces interrogations qui perdurent encore, 35 ans après

Du droit de vote des femmes aux lois sur la parité, comment a évolué la participation des femmes à la vie politique ?

Quelle est la place des femmes dans les partis politiques, les organisations syndicales et les mouvements sociaux ?

Pourquoi les femmes ne sont-elles pas plus solidaires dans la pratique ?

Comment les politiques publiques traitent-elles de l’emploi des femmes ?

Genre et pouvoir

Toutes ces questions suggèrent en filigrane, une réflexion plurielle sur les relations entre pouvoir et genre. Elles mettent en perspective un certain nombre de questions qui sont matière à controverse (la prostitution, la mixité, l’immigration, la relation travail/famille) ou de thèmes émergents (genre, mondialisation et développement, création artistique, pratiques culturelles).

Anne-Béatrice Faye, extrait "Inventaire des recherches féminines"
présentation par l’éditrice www.ceafri.org