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Freins et défis à l’égalité entre hommes et femmes en Afrique

Après avoir précisé les concepts de genre et égalité dans le prcédent article, Albertine Tshibilondi examine quelques freins et défis pour l’égalité entre hommes et femmes en Afrique en se basant sur le cas de la République Démocratique du Congo.


Dans ces réflexions, je tente de répondre aux questions suivantes : Quels sont les freins et défis à l’égalité de genre en Afrique, et notammment en RD Congo ? Quels sont les obstacles au renforcement des capacités des femmes congolaises dans le but d’arriver à cette égalité de genre ?

La conception socioculturelle de la femme et de l’homme

Le cadre culturel congolais marque de manière profonde les relations inégalitaires entre la femme et l’homme. En principe, la tradition congolaise est réputée respectueuse de la personne humaine et de sa dignité. Le "Bumuntu" désigne ainsi la personne humaine quel que soit son sexe. Certains proverbes et expressions l’expriment bien. La sagesse swahili dit que "L’être humain est un être humain" ou encore "L’être humain n’est pas un animal"). Un proverbe Luba dit qu’on enjambe les arbres, et non les humains". En d’autres mots, toute personne est un être humain, digne de respect. Mais dans la même tradition, on identifie l’être humain uniquement au mâle, à l’homme. On le définit par les attributs masculins : "Il est marié polygame", fort pour se défendre et défendre les autres (la force étant liée au mâle), l’art de parler (en public), capable de se construire une maison. Dans une telle vision, la femme n’est donc pas une personne humaine.

En pratique, la femme est subordonnée à l’homme. Cette conception patriarcale valorise l’homme et marginalise la femme. Elle institue les relations inégalitaires entre les sexes. La femme en tant que mère et épouse est considérée comme un être inférieur devant se soumettre à l’homme, considéré comme supérieur, le "pater familias" (chef de famille). La destinée d’une Congolaise réside dans la maternité, la fécondité (surtout des enfants mâles, dans le système patrilinéaire qui est le plus répandu). La stérilité de la femme (et non de l’homme) étant une cause de répudiation et de moquerie. En tant que mère et épouse, la congolaise est donc confinée dans son rôle de reproduction qui est le plus apprécié.-----

Pratiques et coutumes

Ainsi, certaines pratiques et coutumes justifient les rapports et rôles inégalitaires entre l’homme et la femme dans le mariage, dans la famille et dans la société. Le défi reste donc de lutter contre l’infériorité institutionnelle et juridique de la femme en combattant les coutumes et traditions rétrogrades qui entravent l’épanouissement du genre humain et l’évolution des rapports entre la femme et l’homme dans tous les domaines. Il s’agit entre autres de lutter contre le mariage précoce des filles, la dot (devenue une spéculation marchande), la polygamie (ou sa forme moderne de "bureau"), le lévirat et toutes les pratiques coutumières dégradantes.

Un autre regard sur la femme

Par ailleurs, il faut une sensibilisation pour un changement des mentalités et des représentations négatives de la femme (stéréotypes, préjugés véhiculées par les traditions orales dans les proverbes, contes, chansons…) pour un autre regard sur la femme en tant qu’être humain, qui n’est pas que "mère et épouse", mais une citoyenne à part entière dont les droits humains fondamentaux doivent être respectés. Il convient de souligner que cet aspect socioculturel et la conception de l’homme et de la femme sont à la base de la non application des lois sur l’égalité de genre.

Référence : Albertine Tshibilondi dans Revue Karibu, n° 150, 2013, p. 14-21