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Etat des lieux de la migration des Africains subsahariens : itinéraires, défis et perspectives.

La tragédie vécue par les migrants ne peut nous laisser indifférents. Le risque du chemin de migration, hier et aujourd’hui, nous pousse à poser la question des raisons qui incitent un être humain à prendre tant des risques au péril de sa vie pour un ailleurs hypothétique.

Quête du bien être, du bonheur ?

N’est-ce pas la quête du bien être, du mieux être ou plus généralement la quête du bonheur qui pousse le migrant a risquer sa vie ?
La migration subsaharienne en Belgique date des années 60, les migrations anciennes concernent l’Afrique du Nord ou le Maghreb. Les Africains subsahariens ne furent pas concernés par ces accords bilatéraux d’importation de main d’œuvre comme certains pays méditerranéens. La première vague des migrants subsahariens - essentiellement originaires du Congo et du Rwanda, ex-colonies belges (dont on fête le cinquantenaire d’indépendance en 2010)- était pour des raisons d’étude. L’absence d’accord entre les pays d’origine et la Belgique – à l’exception des accords interuniversitaires - explique la diversité des trajectoires migratoires. C’est dans les années 90, suite à l’instabilité politique et aux catastrophes naturelles, que l’on constate progressivement, l’augmentation du flux migratoire, une diversité d’itinéraires, au niveau du continent, et pour une moindre mesure vers l’Union Européenne.

Itinéraires et raisons diverses

-  principalement les études,

-  le regroupement familial,

-  la crise économique,

-  les violences (religieuses, culturelles, sexuelles ou sociales),

-  la déstabilisation politique, les guerres,

-  les catastrophes naturelles (ou l’immigration écologique, etc.).

Tous ces problèmes placent les personnes dans une situation de paupérisation et les contraignent à prendre pour la plupart la route de l’exil à la recherche du mieux-être et de la sécurité.

Réponse aux besoins d’une société mondialisée, néo-libérale

Pour les Africaines, il s’agit d’un projet migratoire qui se situe dans la recherche des alternatives économiques pour leur autonomie et l’assistance financière à leur famille.
Désormais, à la volonté d’apporter une main-d’œuvre à l’industrie belge, s’ajoute celle de répondre au déclin démographique et au vieillissement de la population. On constate, dès lors, un assouplissement des conditions favorisant les regroupements familiaux. Il faut remarquer que les Africaines ne disposent que des droits dérivés de ceux de leur mari. Cela signifie que la dépendance à leur mari est institutionnalisée, puisqu’en matière de séjour, d’établissement, de travail et des droits sociaux, leurs droits sont dérivés de ceux qui sont attribués à leur mari en tant qu’immigrants ou étudiants.

Déqualification dans l’emploi

L’emploi reste le moyen par excellence pour obtenir à la fois des revenus et un statut social. C’est le parcours du combattant. Les subsahariens au départ cadres connaissent une déqualification. En effet, le nombre des Africains (ou en général des personnes étrangères) qui arrivent à décrocher un emploi en rapport avec leur qualification reste limité. Quant ils y parviennent, on les retrouve, majoritairement des femmes africaines, dans le secteur des soins (infirmière ou aide-soignante), dans les services d’entretien (nettoyage ou femme de ménage), dans les usines (surtout textiles et plastique) et enfin dans les travaux agricoles (surtout les récoltes). Les hommes sont aussi dans le secteur de soins et de services (poste, distribution des journaux, voirie). Il existe une minorité qui émerge et occupe des postes de médecin, professeur, avocat...mais ce nombre est insignifiant par rapport à la majorité très qualifiées.

Lourdeurs administratives et discriminations

sont toujours d’actualité, malgré quelques améliorations. Ainsi la situation de séjour des immigrés n’est pas automatiquement assortie du droit de travail et le contraire est vrai, puisque des personnes en possession d’un permis de travail n’obtiennent nécessairement pas un permis de séjour régulier. Cette situation est encore plus vraie pour les femmes. En somme, les femmes africaines subissent une triple discrimination : comme femmes victimes des inégalités lié au genre dans la société, comme subsahariennes, et comme travailleuses. La réinsertion professionnelle reste un parcours du combattant comme le souligne plusieurs témoignages.

Albertine Tshibilondi

Référence : Article au séminaire du CEAF&RI "Genre, migration et diversité culturelle. Itinéraires, défis et perspectives des communautés d’Afrique subsaharienne", Dossier spécial dans L’Africain, n° 248, février-mars, 2011, pp. 10-11